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À Paris, la venue du pape Léon XIV rassemble 800 000 fidèles

Pauline GUILLAUME

Samedi 26 septembre 2026, près de 800 000 personnes ont assisté à la messe célébrée par le pape Léon XIV, place de la Concorde à Paris. Derrière cette mobilisation exceptionnelle, les fidèles rencontrés place de l’Étoile racontent ce qui les a poussés à venir : la foi, l’envie de partage, ou l’attrait pour un événement hors du commun.

Samedi 26 septembre 2026, 800 000 fidèles ont assisté à la messe de Léon XIV dans les rues de Paris, de la place de l’Etoile à celle de la Concorde. Crédit : Pauline Guillaume

Il est 10 heures, avenue Victor-Hugo à Paris. Plus d’une centaine de personnes attendent encore l’ouverture de la zone Sud, l’un des secteurs délimités par l’organisation sur le parcours de trois kilomètres reliant la place de la Concorde à la place de l’Étoile, via les Champs-Élysées. Dans la foule, des drapeaux du Vatican, de Bretagne ou de Vendée flottent au-dessus des têtes. Des enfants côtoient des adolescents, des personnes âgées, des prêtres et religieuses ou de jeunes parents avec leur nouveau-né dans les bras. Tous attendent de pouvoir entrer pour assister à la messe et, peut-être apercevoir le pape Léon XIV.

« Aujourd’hui est jour de fête ! ». 10 h 19 : un chant religieux émane des enceintes derrière les portiques. Les portes s’ouvrent. QR codes scannés, sacs fouillés, portiques franchis : les fidèles gagnent progressivement leur secteur. Des livrets de chants et des drapeaux français et pontificaux sont distribués par les bénévoles. Certains se pressent contre les barrières, d’autres s’assoient ou entament la conversation avec leurs voisins.

Léon XIV salue les fidèles rassemblés place de l’Étoile, samedi 26 septembre, lors de sa venue à Paris pour célébrer une messe place de la Concorde. Crédit : Pauline Guillaume

Depuis 7 h 30, Véronique, Delphine et Elizabeth encadrent les fidèles. Elles resteront jusqu’à 18 heures. Pour ces bénévoles, venues « par foi et pour être dans l’ambiance », cette journée donne surtout à voir une Église jeune et rassemblée. Delphine espère montrer aux Français « une autre image de l’Église », loin d’une institution qu’elle juge parfois perçue comme « poussiéreuse ».

Un évènement « fédérateur »

La veille, 80 000 jeunes avaient participé à une veillée au Stade de France. Place de l’Étoile, leur présence se remarque encore.

Assises sur une nappe, quatre jeunes femmes de 18 à 22 ans, venues de Paris et d’Orléans, brandissent leurs drapeaux du Vatican. Sourire aux lèvres, elles sont venues pour « célébrer tout le week-end, profiter entre amies et voir le pape ». Dans la matinée, elles ont fait une place à Sarah Vivion, 37 ans, coordinatrice de groupes de parole autour de la mort et du deuil, et à Véronique, 66 ans, retraitée installée à Paris depuis vingt ans.

Toutes deux sont venues seules, mais n’ont pas tardé à trouver de la compagnie. « Quand je suis arrivée, les filles m’ont gentiment proposé de m’asseoir sur leur nappe pour attendre l’arrivée du pape. On a commencé à discuter, à faire connaissance. C’est aussi ça, la foi, c’est le partage », raconte Sarah. « Je me suis greffée à leur groupe, c’est sympa », ajoute-t-elle. À ses côtés, Véronique se réjouit elle aussi de cette rencontre. Pour elle, cette journée « rassemble, fédère ». « On voit qu’on n’est pas seuls. On rencontre notre communauté aussi. », explique-t-elle.

Lise, Justine, Romane, Chloé, Sarah et Véronique ont sympathisé place de l’Étoile, en attendant la venue du pape Léon XIV. Crédit : Pauline Guillaume

Au milieu de la foule, Yann, 62 ans, et Patrick, 68 ans, profitent de cette journée ensemble. Tous deux retraités, ils sont venus partager ce moment entre frères. 

Patrick, moustache grisonnante et casquette beige, brandit un drapeau du Vatican. Yann, qui vit à Paris, héberge son frère venu d’Anjou pour le week-end. « Pour nous, c’est un jour de grâce extraordinaire, et en plus un partage familial », confie Yann. Tous deux décrivent une atmosphère sereine, empreinte de communion. « Tout le monde est en communion, on sent déjà cet élan », estime Yann. Patrick évoque lui aussi « une grande sérénité ». 

Convaincu que ce rassemblement témoigne d’un nouvel élan de la foi chrétienne en France, Yann ne croit pas à un simple effet de mode. « L’espoir renaît, on le sent quand on voit ces enfants, ces jeunes », affirme-t-il. Patrick souligne lui aussi la place de la jeunesse dans cette journée, qu’il décrit comme portée par « la fête » et « le partage ». « Cette messe est portée par une nouvelle dynamique, c’est moderne. C’est beau de voir la jeunesse rassemblée aussi », ajoute-t-il.

Attiser la curiosité au-delà des fidèles

La présence de nombreux jeunes s’inscrit dans un contexte de hausse des demandes de baptêmes chez les nouvelles générations. Selon l’enquête annuelle de la Conférence des évêques de France, « en dix ans, le nombre de baptêmes a plus que triplé, passant de 4 124 en 2016 à 13 234 en 2026 ». En 2025, les 18-25 ans étaient devenus la classe d’âge la plus représentée parmi les adultes demandant le baptême.

Les jeunes étaient nombreux parmi les fidèles venus assister à la messe. En 2025, les 18-25 ans sont la classe d’âge la plus représentée parmi les adultes demandant le baptême en France. Crédit : Pauline Guillaume

Rencontré deux jours plus tard à Tours, le père Josselin Scherr, modérateur de plusieurs paroisses tourangelles, était présent place de la Concorde pour la messe célébrée par Léon XIV. Il revient sur la portée de cet événement, dont la médiatisation pourrait, selon lui, dépasser le cercle des fidèles présents. Elle peut « aiguiser des désirs ou des questionnements chez les Français », y compris chez ceux qui sont éloignés de la foi. « Une bonne communication crée de la communion », affirme-t-il.

« Il s’est passé quelque chose dans le cœur des Français de manière très large », estime le prêtre. Un élan qu’il juge rare, notamment « dans un contexte marqué par des guerres, des crises internationales et des catastrophes naturelles ». Face à une actualité anxiogène, « certains peuvent trouver refuge dans un nouvel espace de transcendance comme la religion », explique-t-il. 

Place de l’Étoile, les fidèles rencontrés évoquent eux aussi la joie, le partage et le sentiment de ne pas être seuls. Le temps d’une journée, la messe de Léon XIV aura offert à ces croyants un espace pour se retrouver et vivre leur foi ensemble.